---- --- - - - - - - - - - -------------------------- Le traité de Lisbonne
L'Europe
Lisbonne

Je pense qu'intuitivement Nicolas Sarkozy ressent ce que j'exprime ici. N'a-t-il pas déclaré, le 1er juillet sur France 3, qu'« il faut changer notre façon de construire l'Europe » ? Cependant, il voudrait « changer » tout en continuant à servir ceux qui l'ont porté au pouvoir. Il ne veut pas remettre en cause le principe générateur du mal européen actuel, ce que le président de la Commission, José Manuel Barroso, a appelé lors d'une récente Conférence de presse, « la nature impériale de notre Union, un empire que nous nous sommes imposés à nous-mêmes ». C'est le principe, le point commun, des Traités de Maastricht, d'Amsterdam, de Nice et de Lisbonne. Nicolas Sarkozy détruit en fait sa crédibilité en essayant de changer certaines règles du jeu pour épouser la protestation des peuples, tout en restant au sein de la règle du jeu majeur. Il est victime du dilemme d'avoir été élu grâce au soutien d'intérêts financiers associés aux marchés mondiaux, et donc aux opérations de la City, qui espèrent le voir se comporter comme un agent d'influence britannique à la mode Arnault-Bolloré-Bernheim. Et en même temps, en populiste attentif, il ressent la pression du peuple et des institutions françaises, traditionnellement opposés au libéralisme économique et à un supra-nationalisme anti-souverainiste. Il sait que les Carla et les Ingrid ne pourront lui servir éternellement de rideau de fumée. C'est pourquoi, prisonnier de sa contradiction, plus il hausse le ton en public, plus il se voit contraint de faire le contraire de ce qu'il proclame, d'où son état de tension permanent et quasi-pathologique.
Je ne suis pas de ceux qui s'en moquent. Je lui demande simplement d'en sortir.
Car si certaines de ses initiatives récentes sont intéressantes, elles ne peuvent aboutir faute d'horizon.
On l'a vu ainsi s'en prendre virulemment au commissaire britannique et affidé de Tony Blair, Peter Mandelson, et au directeur général de l'Organisation mondiale du commerce (OMC), Pascal Lamy. Il a ainsi lancé, au Conseil européen du 19 juin : « Un enfant meurt de faim toutes les trente secondes et nous devrions aller négocier une coupe de 20% de la production agricole européenne. Honnêtement, je pense qu'il n'y a qu'une seule personne partageant cette opinion : c'est M.Mandelson ». Lorsque M.Lamy, socialiste saisi par la débauche de la mondialisation financière, a dévoilé son intention de convoquer les Etats les plus influents du commerce mondial, le 21 juillet à Genève, pour forcer un accord désastreux, l'Elysée, profitant de sa présidence, a aussitôt annoncé l'organisation d'une réunion des ministres des Affaires étrangères de l'Union pour encadrer M.Mandelson. On peut donc donner crédit à Nicolas Sarkozy de tenter d'éviter le pire.
La position française sur la crise alimentaire mondiale est meilleure que celle de la plupart des autres Etats européens. Michel Barnier, notre ministre de l'Agriculture, a ainsi appelé à un « Global New Deal » agricole à l'échelle de la planète et a proposé que les négociations agricoles soient retirées du cadre de l'OMC pour ne plus être soumises à une priorité commerciale. Nicolas Sarkozy a souligné le droit pour tout Etat de «protéger» ses productions et son peuple, contre les conceptions néo-libérales de Mandelson. Le Président français veut mettre l'énergie en priorité sur l'agenda européen, défend les professions victimes de la hausse du prix du pétrole et entend mettre le nucléaire au service du développement des pays du Sud, notamment méditerranéens.
Tout cela est intéressant, mais Nicolas Sarkozy reste dans la matrice des traités européens et de l'espace militaire défini par l'OTAN, ce qui le condamne non seulement à ne pas trouver les moyens financiers de sa politique mais à servir de fait des intérêts qui lui sont opposés.
Changer de cap pour une vraie Europe
Changer de cap : la manière de le faire serait pour le président de la République de saisir l'occasion de son voyage en Irlande, le 21 juillet. Au lieu de défendre un moribond, le Traité de Lisbonne, il devrait enclencher une rupture digne de ce nom, en jouant sur l'effet de surprise. Il devrait d'abord dire au peuple irlandais : «Je vous ai compris. Par delà les raisons apparemment contradictoires de votre "non", un non est un non, et je ne vais pas nous faire injure, à vous autres et à moi-même, en vous demandant de revoter. Je suis fatigué de tenter de remettre de la raison dans une maison de fous, et par conséquent nous allons ensemble construire une autre maison européenne, une vraie, pas un temple victorien. Détruisons pour cela la Tour de Babel de Bruxelles et construisons une Europe des patries et des projets qui serve le bien commun et non les marchés, les générations futures et non le capital fictif. Nous ne voulons pas d'une Banque centrale européenne dont le mode de fonctionnement bloque par définition le financement des grands projets dont nous avons besoin, nous ne voulons pas des articles 104, §1 du Traité de Maastricht ni 123 du Traité sur le fonctionnement de l'Union européenne, qui sont autant de menottes financières. Je propose un Nouveau Plan Marshall à l'échelle du monde, un Global New Deal, une ardente obligation pour nous tous, celle de rétablir les droits du développement et du travail humain contre nos ennemis communs, les gnomes de la City et de Wall Street, avec les peuples américain, russe, indien et chinois d'abord, puis avec tous les peuples et les Etats-nations du monde. Vous autres Irlandais, qui avaient accueilli le général De gaulle en 1969 et qui êtes un phare entre l'Europe et l'Amérique, avez acquis le droit d'être aux premières loges ».
Malheureusement, Nicolas Sarkozy ne prononcera pas ces paroles, car il est lié aux intérêts et à la fascination de l'Empire britannique, comme il l'a prouvé lors de son récent voyage au Royaume Uni. L'homme qui rêvait de coucher à Buckingham Palace n'est pas à la hauteur de sa mission.
Cependant, les forces de la City et de Wall Street, du fait de la gravité de la crise, ne peuvent plus gratifier leurs propres amis et doivent agir, pour sauver leurs pyramides de dettes, comme des incendiaires de l'économie physique et des peuples. Alors, on peut espérer, si notre courant rooseveltien s'étend aux Etats-Unis et si la Russie, l'Inde et la Chine continuent à se rebiffer, que l'Europe sortira de son sommeil de la raison. Mon dernier mot à Nicolas Sarkozy sera donc : « Le Titanic coule. Messieurs les Français, tirez-vous les premiers, les autres suivront ».

Harmonie des 27 sur Lisbonne, cacophonie sur le pétrole

Harmonie des Vingt-Sept sur Lisbonne, cacophonie sur le pétrole

Publié le 19/06/2008 à 18:51 Reuters
Les dirigeants européens ont affiché leur détermination à sauver le traité de Lisbonne après le "non" irlandais mais la cacophonie règne sur les moyens d'enrayer la hausse vertigineuse des prix du pétrole. Les chefs d'Etat et de gouvernement des Vingt-Sept ont entamé leur Conseil européen forts de la ratification toute fraîche du traité, mercredi, par le parlement britannique.
Le Premier ministre britannique Gordon Brown, dont le pays avait sonné l'arrêt du mort de la Constitution européenne en 2005 en arrêtant le processus après les "non" français et néerlandais, a apporté du baume au coeur de ses partenaires. "La ratification britannique est la 19e au sein de l'Union européenne", a noté le président du Parlement européen, Hans-Gert Pöttering, en saluant un "signal important" qui doit inciter les huit pays restants à s'engager dans la même voie. A Paris, Nicolas Sarkozy, qui a rencontré Brown avant de s'envoler pour Bruxelles, l'a remercié pour "le courage politique dont il a fait preuve" face à son opinion. Les Vingt-Sept, y compris l'Irlande, prônent la poursuite du processus malgré des incertitudes à Varsovie et à Prague. L'objectif est de rassembler 26 pays autour du traité de Lisbonne, qui prévoit la création d'un poste de président stable du Conseil européen, la nomination d'un "ministre" des Affaires étrangères de l'UE et la généralisation du vote à la majorité qualifiée, avant de décider de la marche à suivre. Les Vingt-Sept excluent ainsi toute renégociation. "Nous ne voulons pas continuer des débats institutionnels qui ennuient tout le monde dans toute l'Europe", a tranché le chancelier autrichien Alfred Gusenbauer. "(Les options) n'incluent pas la renégociation", a confirmé le secrétaire au Foreign Office, David Miliband.
L'IRLANDE PRUDENTE
Le Premier ministre irlandais Brian Cowen, qui doit expliquer les raisons du "non" à ses homologues européens, n'a d'ailleurs pas dit le contraire, tout en se gardant bien d'esquisser la moindre proposition pour sortir de la crise. "Il est trop tôt pour dire quelle solution serait viable non seulement pour l'Irlande, mais aussi pour le reste de l'Europe", a-t-il estimé lors d'un point de presse avec Barroso. Ses partenaires sont tous convenus de donner du temps au gouvernement irlandais, même si deux échéances apparaissent. La première sera celle du Conseil européen des 15 et 16 octobre, quand on verra si la ratification dans les autres pays est bel et bien achevée ou en voie de l'être. "Je crois que nous devons nous donner rendez-vous au mois d'octobre", a déclaré avant le début du sommet le Premier ministre luxembourgeois, Jean-Claude Juncker. La deuxième est celle des élections européennes de juin 2009: tous les dirigeants de l'UE estiment qu'il faudra une solution avant ce rendez-vous, sous peine d'aggraver la crise. La stratégie est donc claire: réunir une masse critique dans l'espoir d'un nouveau vote sur une déclaration rassurant les Irlandais qui ont voté "non" parce qu'ils craignaient que Lisbonne les oblige à renoncer à leur neutralité, à autoriser l'avortement ou à augmenter leurs impôts. "Il y a une bonne chance de succès", a estimé Angela Merkel. L'Irlandaise Mary Lou McDonald, une des figures du camp du "non" irlandais, a ouvert une porte en soulignant qu'elle apporterait son soutien à un nouveau traité s'il intègre de telles garanties, mais cette parlementaire européenne exige un "protocole" qui obligerait à reprendre la ratification à zéro.
AFFRONTEMENT FRANCO-ALLEMAND SUR LE PÉTROLE
Si un nouveau vote ne peut être organisé ou si les Irlandais disent "non" une nouvelle fois, il faudra entrer dans d'autres scénarios cauchemardesques: garder le traité actuel, alors qu'il est jugé insuffisant pour gérer l'Europe des Trente, ou créer une Europe à deux vitesses dont on voit mal les contours. Mais l'harmonie sera beaucoup plus difficile à préserver sur la réponse à apporter à la hausse des prix du pétrole. Nicolas Sarkozy, qui estime qu'une des raisons du "non" irlandais réside dans l'incapacité de l'Europe à répondre aux préoccupations quotidiennes des citoyens, a insisté sur le fait que la hausse des prix des denrées alimentaires et du pétrole oblige le Conseil européen à se saisir du dossier. La France, qui prend les rênes de la présidence de l'UE le 1er juillet, entend utiliser les surplus de TVA liés à l'augmentation du cours du baril pour plafonner les prix à la pompe pour les agriculteurs ou les routiers. Cette proposition se heurte à l'opposition catégorique de l'immense majorité des pays de l'UE, Allemagne en tête, qui rappellent l'accord unanime passé par les ministres des Finances de l'UE en 2005 à Manchester, par lequel ils s'interdisent de faire appel à des mesures qui ont rarement l'effet recherché. Beaucoup estiment que cela risquerait de perturber la concurrence et d'envoyer un mauvais signal aux producteurs. La chancelière allemande Angela Merkel a déclaré jeudi au Bundestag qu'il fallait "éviter" d'utiliser la fiscalité. Pour le Premier ministre suédois Fredrik Reinfelt, qui est suivi par la plupart des pays, il faut que les consommateurs "comprennent le signal" que le pétrole restera cher afin qu'ils changent leurs comportements et leur consommation. Le mieux que Nicolas Sarkozy puisse espérer, c'est qu'un mandat soit donné à la Commission européenne pour étudier son idée - qu'elle a déjà accueillie avec scepticisme.

Paris et Berlin regrettent le NON irlandais

Paris et Berlin "regrettent" le "non" irlandais et appellent à poursuivre la ratification
NOUVELOBS.COM | 17.06.2008 | 14:34
La France et l'Allemagne "prennent acte", dans un communiqué commun, du "non" irlandais au référendum sur la ratification du Traité de Lisbonne, rejeté par 53,4% des électeurs. Le président de l'Eurogroupe, Jean-Claude Junker, souligne qu'"Il n'y a pas de plan B, le traité de Lisbonne était le plan B". Dans une déclaration conjointe publiée par l'Elysée, la France et l'Allemagne ont indiqué vendredi 13 juin qu'elles "regrettent" la victoire du non lors du référendum en Irlande et "espèrent" la poursuite du processus de ratification du traité de Lisbonne. "Nous prenons acte de la décision démocratique des citoyens irlandais avec tout le respect qui lui est due, même si nous la regrettons", indiquent Paris et Berlin. "Le Premier ministre irlandais nous a informés aujourd'hui même du résultat du référendum et donnera son analyse des raisons de ce vote lors du Conseil européen des 19-20 juin. Il appartiendra au Conseil européen de tirer les conclusions souhaitables", poursuivent-ils. "Le traité de Lisbonne a été signé par les chefs d'Etat ou de gouvernement des 27 Etats membres et la procédure de ratification est déjà achevée dans 18 pays. Nous espérons donc que les autres Etats membres poursuivront le processus de ratification", précisent la France et l'Allemagne.

"Cinglant revers"

Avant la publication de la déclaration franco-allemande, le chef de la diplomatie allemande Frank-Walter Steinmeier avait qualifié de "cinglant revers" la victoire du non en Irlande. En déplacement à Marseille, le secrétaire d'Etat français aux Affaires européennes Jean-Pierre Jouyet s'était pour sa part dit "effondré" par le rejet attendu du traité de Lisbonne par les Irlandais. La crise ouverte par le rejet du traité de Lisbonne frappera de plein fouet la présidence française de l'Union européenne, qui débute le 1er juillet. Ironie de l'Histoire, c'est à Paris qu'il reviendra d'éviter une paralysie européenne identique à celle qui avait suivi le non français en 2005. Et, comme à l'époque, aucun "plan B" n'est pour l'instant envisagé.

"Le traité de Lisbonne était le plan B"

Le Luxembourg a pour sa part déclaré que le traité de Lisbonne "n'entrera pas en vigueur au 1er janvier 2009". "Il est clair que le traité de Lisbonne n'entrera pas en vigueur au 1er janvier 2009. Il y a une multitude de questions à clarifier", a déclaré le Premier ministre Jean-Claude Juncker, qui préside l'Eurogroupe. "L'Irlande a dit non. Le gouvernement luxembourgeois le regrette profondément car le traité aurait permis d'avancer dans l'intégration européenne, d'améliorer le processus de décision et de renforcer le rôle international de l'Europe". "Le processus de ratification doit se poursuivre (...) La semaine prochaine, le Premier ministre irlandais devra expliquer devant le Conseil européen à Bruxelles les raisons du non et comment procéder pour sortir de cette crise. Il n'y a pas de plan B, le traité de Lisbonne était le plan B", a conclu le Premier ministre luxembourgeois.

"Un coup grave"

A Rome, le ministre italien des Affaires étrangères Franco Frattini a estimé vendredi que le "non" irlandais portait "un coup grave à la construction européenne" mais que celle-ci ne devait pas s'arrêter. "Il s'agit d'un coup grave à la construction européenne qui ne permet plus désormais l'adoption de décisions essentielles sur la sécurité, l'immigration, la politique énergétique ou la protection de l'environnement", a déclaré l'ancien vice-président de la Commission européenne, cité par l'agence Ansa. "Le chemin de l'intégration européenne ne doit cependant pas s'arrêter", a poursuivi le chef de la diplomatie italienne. "L'Europe ne va pas s'arrêter" L'Espagne a déclaré, par la voix de son ministre des Affaires étrangères, que le "non" de l'Irlande n'était "pas une bonne nouvelle", jugeant toutefois que "l'Europe ne va pas s'arrêter" et qu'une "solution" sera trouvée. Le président de la Commission européenne José Manuel Barroso a appelé vendredi 13 juin à la poursuite des ratifications du traité de Lisbonne dans les pays de l'UE qui ne l'ont pas encore fait. En revanche, le président tchèque Vaclav Klaus a estimé vendredi que le Traité de Lisbonne était "fini" qu'il n'était "plus possible de poursuivre sa ratification".

Le NON irlandais destabilise les eurodéputés

Le non irlandais déstabilise les eurodéputés

Pierre Avril, envoyé spécial à Strasbourg
17/06/2008 | Mise à jour : 21:14 |
Le Parlement européen est l'institution qui a le plus à perdre d'un rejet du traité de Lisbonne. Bien qu'il soit censé incarner la vox populi communautaire, européenne, le Parlement européen apparaît dépassé par la crise politique née du non irlandais au traité simplifié. Les principaux groupes politiques de l'Assemblée de Strasbourg devraient appeler aujourd'hui, veille du Conseil européen, à la poursuite du processus de ratification, mais divergent sur les leçons à tirer du tremblement de terre qui s'est produit à Dublin. Hier, la tentation allait plutôt à la recherche de boucs émissaires.  «Tout le monde est responsable» du fiasco irlandais, a estimé Joseph Daul, le président du groupe PPE (conservateurs), principale formation politique dans l'Hémicycle. Ce dernier, qui affirme avoir perçu «il y a trois semaines» les signes du danger, a défendu très mollement le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, pourtant du même bord politique que lui. Bruxelles se voit notamment accusée de cécité politique, publiant des communiqués jugés futiles sur «le hamster d'Alsace» au moment où les pêcheurs manifestaient contre la hausse des prix du gazole. Son homologue du groupe socialiste, l'Allemand Martin Schultz, a concentré sa verve sur le commissaire irlandais à Bruxelles, Charlie McCreevy, qui s'était vanté de ne pas avoir lu le traité de Lisbonne et qui, au moment où, à Dublin, le feu couvait sous la cendre, fréquentait assidûment les hippodromes de son pays pour assouvir sa passion des courses hippiques. «La Commission n'est pas responsable du non, mais ce n'est pas une bonne commission», a résumé Martin Schultz, soucieux d'éviter un grand déballage familial. Bruxelles aurait dû présenter ses propositions sur la vie chère «avant» le référendum irlandais, a-t-il ajouté.

Pour Cohn-Bendit, les autres pays auraient dû ratifier avant

Cette attaque contre le Berlaymont est mal ciblée, a répliqué Daniel Cohn-Bendit. Durant le premier semestre 2008, a rappelé le coprésident du groupe des Verts, Bruxelles s'est efforcée au contraire de ne présenter aucun projet de loi susceptible de déplaire aux Irlandais. Ce fut le cas pour une directive antidiscriminations. Le silence de l'exécutif communautaire, a-t-il expliqué, a plutôt renforcé le sentiment, à Dublin, que les eurocrates «avançaient en catimini et cachaient quelque chose». Selon Cohn-Bendit, les 26 autres capitales devraient, de préférence, être blâmées. Elles auraient dû ratifier le traité «avant» le référendum irlandais, afin de placer les électeurs rebelles devant le fait accompli. Des trois institutions composant l'UE, Conseil, Commission, Parlement, ce dernier a le plus à perdre d'un rejet du traité de Lisbonne. Dans plusieurs domaines, dont la justice et les affaires intérieures, le texte simplifié octroie aux eurodéputés un pouvoir de colégislation, à égalité d'influence avec les 27 gouvernements. Et si in fine, le traité de Nice devait s'appliquer, l'Hémicycle ne compterait plus que 736 députés, contre 785 aujourd'hui. Grâce à Lisbonne, en revanche, seuls 34 sièges seraient perdus, au lieu de 49. Un détail qui garde toute son importance.

Le NON irlandais complique la présidence française de l'Europe

Le non irlandais complique la présidence française de l'Europe

LE MONDE | 14.06.08 | 09h26  •  Mis à jour le 17.06.08 | 12h01   Classer   E-mail   Imprimer   Avec le non irlandais au traité de Lisbonne, Nicolas Sarkozy essuie un revers et une satisfaction amère. Le revers, c'est l'échec d'un traité dont il se voulait le héraut. Depuis un an, le président français se vantait d'avoir sorti l'Union européenne de l'impasse, en ayant négocié un nouveau texte pour remplacer la Constitution rejetée par les Français et les Néerlandais. Son adresse avait été d'utiliser comme arme de négociation la garantie qu'il ne recourrait pas au référendum pour faire ratifier le nouveau texte. La manœuvre, qui a si bien réussi en France, s'est échouée, jeudi 12 juin, sur le « non » irlandais. Le retour du casse-tête institutionnel va miner la présidence française de l'UE à compter du 1er juillet et priver le président d'un de ses meilleurs slogans : l'Europe a cessé de se regarder le nombril, elle s'occupe enfin de vous. La satisfaction amère, c'est justement la conviction renforcée d'avoir raison sur le divorce croissant entre l'Europe et les citoyens, qui se sentent délaissés. Depuis des semaines, M. Sarkozy, qui a veillé à séduire la France du non dans sa campagne électorale, répète que le traité de Lisbonne ne réglera pas ce problème. Et lorsque le premier sondage donnant le non gagnant en Irlande a été publié, il n'a pas caché son pessimisme : rien ne changera tant que l'Europe restera incapable de traiter des sujets qui concernent les populations, comme le choc pétrolier, l'envolée de l'euro ou les flux migratoires. "On n'a pas le droit de dire aux Européens : on ne peut rien, on ne veut rien", lançait-il à Rome début juin. M. Sarkozy se sent conforté dans son activisme contre le "politiquement correct"  bruxellois. Dès le Conseil européen des 19 et 20 juin, il entend prendre l'opinion à témoin, quitte à accuser ses pairs de léthargie. "Il va dire qu'il préfère avoir raison avec les citoyens plutôt qu'être dans un consensus mou", prédit le secrétaire d'Etat aux affaires européennes, Jean-Pierre Jouyet.

"BOUCS ÉMISSAIRES"

Irrité d'avoir vu ses propositions de plafonnement de la TVA pétrolière balayées d'un revers de main par les ministres des finances européens, le chef de l'Etat veut repartir à l'offensive et exiger, faute de mesures, une plus grande liberté pour les Etats. Il devrait aussi mettre en garde contre de nouvelles concessions agricoles lors des négociations à l'Organisation mondiale du commerce (OMC), qui ont fâché les éleveurs irlandais. Enfin, il appelle à plus de doigté politique, alors que la Commission vient d'irriter Paris en demandant simultanément aux pêcheurs de rembourser des aides et d'arrêter la pêche au thon rouge en Méditerranée. Le président de la Commission, José Manuel Barroso, rejette, lui, toute responsabilité dans le non irlandais : "Il est facile de trouver des boucs émissaires. Ce n'est pas juste, pas honnête." M. Sarkozy entend promouvoir une Europe qui "protège" ses concitoyens, perdus dans la mondialisation. Les priorités de sa présidence (immigration, défense, agriculture et sécurité alimentaire, énergie-climat) sont censées y contribuer, mais ne progresseront que lentement. Pendant ces six mois, le président de la République est contraint de trouver un équilibre entre les coups de boutoir qu'il entend donner à un système à bout de souffle, au risque de braquer ses partenaires, et les espérances qu'il fait naître auprès des populations mais qui ne peuvent être satisfaites : parce qu'il n'y a pas d'accord européen pour "faire de la politique" comme il l'entend; parce qu'il n'y a pas de réponse magique à un problème durable comme l'envolée du prix du pétrole. Arnaud Leparmentier

Après le 'non' irlandais, la menace tchèque

Après le 'non' irlandais, la menace tchèque.
Alors que les Irlandais ont rejeté le traité de Lisbonne, le président tchèque a estimé vendredi que le processus de ratification devait s'arrêter. Le Royaume-Uni a de son côté réaffirmé qu'il allait continuer le processus de ratification, malgré le rejet irlandais. Et Dublin a réclamé du temps, disant ne pas avoir de remède à court terme.
D.H. (avec agence) - le 13/06/2008 - 23h19
Que faire ? L'Irlande était le seul des 27 Etats membres à faire ratifier le traité européen de Lisbonne par voie référendaire. Les Irlandais ont dit ‘no'... et l'Europe se retrouve de nouveau dans l'embarras. Alors que six options s'offrent aux dirigeants européens, chacun y va de son pronostic. Le président de la République tchèque, censé ratifier le texte par voie parlementaire, estime que tout est "fini", que le processus de ratification ne peut se poursuivre, que "le projet de traité de Lisbonne s'est achevé aujourd'hui (vendredi)". Eurosceptique, Klaus juge que ce 'non' est "une victoire de la liberté et de la raison sur des projets élitistes artificiels et sur la bureaucratie européenne". Plus nuancé, le Premier ministre libéral tchèque, Mirek Topolanek, qui dispose des pouvoirs exécutifs, a souligné que le 'non' irlandais était une "complication politique", tout en estimant que l'UE allait continuer à fonctionner de manière "stable". Avant la déclaration du chef de l'Etat, le vice-premier ministre avait d'ailleurs dit que la Cour constitutionnelle poursuivrait l'examen du traité. Son jugement est attendu cet automne. La position des Tchèques est d'autant plus importante que Prague doit prendre la présidence tournante de l'UE au premier semestre 2009.
"Nous espérons que les autres Etats membres poursuivront le processus de ratification", ont ajouté le président français Nicolas Sarkozy et la chancelière allemande Angela Merkel dans une déclaration commune, tandis que Dublin réfléchit. "Le résultat donne lieu à une incertitude considérable et à une situation délicate. Il n'y pas de remède à court terme", pas de "solution miracle" dans l'immédiat, a déclaré le Premier ministre irlandais, Brian Cowen, réclamant du temps. C'est une "immense déception" et un "revers potentiel" pour l'UE. Nul doute que cette nouvelle crise sera le point central du rendez-vous de la semaine prochaine, lors du sommet de l'UE (19 et 20 juin). Une chose est sûre, "il est clair que le traité n'entrera pas en vigueur au 1er janvier 2009", selon le Premier ministre luxembourgeois Jean-Claude Juncker, doyen des dirigeants européens.

Le « non » irlandais ouvre les portes d’un Nouveau Bretton Woods
(Jacques Cheminade, S & P)
Sans attendre les résultats définitifs, il est certain que l’Irlande a voté « non ». Cinq cents millions d’Européens privés de référendum viennent ainsi d’être vengés par 4,2 millions d’Irlandais. Tout l’édifice du Traité de Lisbonne s’est effondré. […] Il est clair que le Traité de Lisbonne est « aussi mort qu’un clou de porte » comme l’a déclaré un membre du parti socialiste du Parlement hollandais. Le Conseil européen se réunira cette semaine pour parler du vote irlandais et décider des perspectives d’avenir. Le Financial Times, « porte-parole » de l’oligarchie financière anglo-hollandaise a déclaré dans son éditorial : « Il est temps de geler le Traité européen ». Il poursuit : « Il y aura sans doute des pleurs et des grincements de dents lors du sommet de l’Union européenne à Bruxelles la semaine prochaine lorsque les dirigeants de l’UE se réuniront pour décider que faire après le Non irlandais ». Le FT note que les Irlandais ont rejoint la France et les Pays-Bas qui avaient rejeté la « Constitution de l’UE » en 2005, traité qui ressemblait fort au Traité de Lisbonne. Selon le journal financier britannique, un second référendum irlandais « serait voué à l’échec » et le Traité devrait être mis de côté. Le Daily Telegraph fait un tour d’horizon des différentes couvertures de presse en Europe : En Autriche, Der Standard écrit : « L’heure zéro fournit l’occasion d’un nouveau départ. Bruxelles et les gouvernements des pays de l’UE sont obligés de comprendre que les citoyens ne veulent pas d’une Europe où tout se décide à Bruxelles. Ils veulent d’une Union qui s’attaque aux problèmes sociaux. A présent, soit l’Europe choisit la voie franco-allemande de l’intégration, soit celle de l’économie libérale britannique, le choix sera décisif. » En Allemagne, Die Welt écrit : « Les Irlandais ont rejeté les réformes de l’UE et c’est une bonne chose. Pourquoi ne devraient-ils pas voter contre une constitution, dont personne ne pouvait leur présenter clairement les avantages ? Si l’élite politique européenne est intelligente, elle n’essaiera pas de forcer l’Irlande à voter, encore et encore, jusqu’à ce que le résultat lui convienne. Ceci enlèverait toute légitimité au principe de référendum, ainsi qu’à celui du projet européen dans son ensemble. » Le Sueddeuttsche Zeitung déclare : « Le rejet irlandais est le plus grand désastre des politiques européennes car il annule les ratifications des autres pays. La réforme de l’Union européenne, telle que proposée par le Traité de Lisbonne, a échoué. » En Italie, le journal La Repubblica titrait : « Le Non irlandais : une gifle pour l’Europe ». Il affirme ensuite que le résultat en Irlande « a divisé le gouvernement italien, mais a comblé la Ligue du Nord ». « Est-il possible d’atteindre la cinquantaine (âge de l’Union européenne) sans savoir de quoi on fait partie ? Est-il interdit de se demander pourquoi ? A voir les réactions de l’Union européenne, il semblerait que cela soit le cas. » Au Danemark, le Jyllands-Posten : « Une fois de plus, nous voyons que les dirigeants européens sont incapables de transformer les idées simples, les valeurs et le potentiel de l’Europe en un message compréhensible pour les opinions des Etats membres. ».

Les pays n'ayant pas encore ratifié le traité

- BELGIQUE: le Sénat (6 mars) et la Chambre des députés (10 avril) ont déjà approuvé le traité. Mais l'ensemble des cinq assemblées régionales et communautaires du pays n'ont pas encore approuvé le texte.
- ITALIE: le nouveau gouvernement de Silvio Berlusconi a adopté le 30 mai un projet de loi sur la ratification du traité qui doit passer devant le parlement.
- PAYS-BAS: le Parlement a adopté le texte le 5 juin. Il doit encore être voté par le sénat.
- REPUBLIQUE TCHEQUE: le Sénat a introduit un recours devant la Cour constitutionnelle pour vérifier que le texte est conforme à la loi fondamentale du pays.
- CHYPRE, ESPAGNE et SUEDE n'ont pas encore commencé le processus de ratification.

 

 

 

 

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